Bienvenu sur notre Blog

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mardi 17 septembre 2019

Petite synthèse de notre perception du système de santé

Depuis février que nous sommes ici, nous avons déjà partagé sur ce blog quelques-unes de nos confrontations au système de santé Malgache. Cela fait maintenant plus de 6 mois que nous sommes à Fianarantsoa et nous allons essayer de faire une petite synthèse de notre vision sur la santé à Madagascar, ou du moins à Fianarantsoa, car les problématiques ne sont probablement pas exactement les mêmes partout.

D'abord petite présentation des structures de soins à Fianarantsoa :

 - L’hôpital universitaire de Tambohobe. De notre perception c'est un mouroir avec une qualité de soin déplorable. Les bâtiments sont dans un état catastrophique, sauf extérieurement car un coup de peinture a été donné à l'extérieur .... De plus une bonne partie des soignants y "rackette" les patients (soins infirmiers et chirurgie payés de la main à la main en plus des tarifs officiels, revente de médicaments d'origine suspecte ....). De plus en plus de patients refusent d'y aller ...

Le "nouvel hôpital de Manarapinetra" inauguré en 2013 en périphérie de la ville avec une très mauvaise route d'accès si bien que les soignants et les patients rechignent à s'y rendre ! Il est beau, grand et vide ! Vidé y compris d'une partie des équipements présents lors de l'inauguration, ces équipements ayant été déplacés dans d'autres hôpitaux pour leurs inaugurations ....

- Le Centre de soin Diocésain de Santé (CDS), genre de clinique, géré par le diocèse, destiné notamment au personnel diocésain (religieux et nombreux employés des "émanations" du diocèse) mais il accueille également tout autre patient. Il est en état très correct avec des soignants bienveillants et compétents dans l'ensemble. Son bloc chirurgical (bien équipé) était fermé jusqu'à il y a quelques semaines. Il fonctionne à nouveau pour un petit nombre d'interventions pour l'instant, suite au changement de direction de ce début d'année.

De multiples petits dispensaire publiques, catholiques, protestants ... souvent avec des équipements rudimentaires et avec souvent un ou une infirmière ou sage-femme faisant office de médecin. Le dispensaire Padre Pio pour lequel nous travaillons est l'un d'entre eux. Chacun fait ce qu'il peut avec ses moyens ... souvent limités.

Quelques rares médecins consultent en privé, généralement c'est une activité en plus de leur travail dans le public.

Des cliniques privées plus ou moins grosses. Nous en connaissons notamment une, toute petite mais avec un équipement très correct, du personnel compétent et une bonne gestion. Tout cela permettant globalement une bonne qualité de soin pour les patients. Du coup nous collaborons avec elle pour des parrainages chirurgicaux et parfois pour des césariennes en urgence.

Le niveau d'équipement de toutes ces différentes structures est sans commune mesure avec notre référentiel occidental. Petit exemple : un seul scanner (généralement en panne) et pas d'IRM à Fianarantsoa (ville de plus de 200 000 habitants) il faut aller à la capitale à 8 à 10 h de mauvaise route !

Autre élément important : sauf exception, tous les frais sont à la charge du patient (pas de sécurité sociale et les mutuelles sont exceptionnelles). Les coûts sont très faibles dans notre référentiel occidental, mais énormes rapportés aux revenus très faibles de la grande majorité de la population. Pour exemple :
- une consultation médicale coûte entre 5 000 Ar (1€25) (dans un dispensaire comme le notre) à 30 000 Ar (7€40) (pour un spécialiste à l'hôpital),
- un accouchement au dispensaire hospitalisation de 3 jours incluse (mais consommables exclus) coûte 20 000 Ar (5€)
- une échographie gynécologique dans un cabinet privé coûte 16 000 Ar (4€)
Mais le salaire minium pour 40 h par semaine est de 200 000 Ar (50€) et beaucoup de familles,  notamment en brousse, ne gagnent pas 20 000 Ar (5€) par mois !
D'autre part, pour chaque cas, y compris en urgence, c'est un va-et-vient entre le soignant, la caisse et la pharmacie : le patient paye d'avance la consultation, puis il voit le soignant qui fait une prescription (y compris pour le cathéter, l'alcool pour désinfecter ou la compresse ...), le patient va chercher et payer cela à la pharmacie puis retourne voir le soignant qui fait le soin et ainsi de suite pour chaque analyse, ou chaque pansement chaque jour ...

Cette présentation étant faite nous pouvons aborder la façon dont nous percevons la relation des malagaches à la santé.
Au premier abord nous avons été assez surpris de trouver qu'ils étaient plutôt "consommateurs de santé". En effet nous avons vu beaucoup de patients venant consulter pour "pas grand chose" apparemment ; au moins pour certains et notamment pour les enfants, le moindre rhume, la moindre gastro-entérite ... motive une consultation. Et la "qualité" d'une consultation est jugée à la prescription ; amoxicilline et polyvitamine étant quasi incontournables ...
Mais parfois c'est au contraire au dernier moment, après avoir consulté plusieurs fois le tradipraticien, que le patient se tourne vers la médecine "moderne", de même la majorité des accouchements sont encore réalisés au domicile par des "matrones".  D’ailleurs les statistiques nationales révèlent une baisse des consultations (taux de consultations médicales externes de 38% en 2008 contre 33% en 2015)

En cas de maladie les malagaches sont très vite confrontés aux limites de leurs ressources d'abord et ensuite à l'impossibilité d'accéder aux soins adéquats. Cela conduit à une très grande "précarité" de la santé assez révoltante pour nos yeux habitués au système de santé occidental.
Cette précarité de la santé s'ajoute à la précarité du quotidien (taux de chômage important, fragilité vis à vis du climat pour les récoltes ...) et "explique" sûrement en partie l'encrage dans le présent et l'absence d'anticipation. A quoi bon anticiper, prévoir, penser à demain, quand le moindre aléa de santé ou autre peut tout arrêter !

Quelques illustrations :
- une jeune femme accouche de son premier enfant : découverte à la naissance (faute de suivi échographique pré-natal) d'un bébé trisomique avec un bec de lièvre
- une absence de dilatation du col chez une jeune femme de 17 ans pour son premier enfant ; pas d'argent pour payer une césarienne. Sans AMM, l'enfant, et peut-être la mère, seraient décédés
- femme de 55 ans avec un cancer du col de l'utérus. Diagnostiqué trop tard, déjà en présence de métastases abdominales, pronostic très réservé, et de toute façon pas de radiothérapie disponible ici
- une mère doit s'endetter pour payer les soins pour l'otite de son enfant

dimanche 15 septembre 2019

Orphelinat d'Ambalakilonga

Suite à la réception d'un grand nombre de colis envoyé par AMM, nous avons distribué quelques jeux et linge de lit bébé à l'orphelinat d'Ambalakilonga (Fianarantsoa), et en avons profité pour le visiter.
C'est un très grand centre qui accueille 180 enfants, de 0 à 18 ans. Il concerne des enfants effectivement orphelins, mais aussi de parents sans ressource, ou détenus, ou malades. Nous avons été frappé par les superbes installations, très bien pensées et conçues, et très bien entretenues par 15 soeurs de la congrégation des soeurs de Nazareth (italo-malgache). Elles sont secondées dans leur lourde tache par une quarantaine d'employés.
Cour d'accueil

Eglise

Cour

Quelques enfants restés au centre pendant les vacances

Jardin


Dortoir garçon 7-12 ans

Terrain de sport
Cuisine 

Marmite Taille XXL

Salle de jeux des 8 mois - 2 ans


dimanche 8 septembre 2019

Découverte de l'Andringitra

Nous avons saisie l'opportunité d'une sortie organisée par l'ORTF (Office Régional de Tourisme de Fianarantsoa) pour aller randonner dans le parc nationale de l'Andringitra. C'est un massif montagneux d'altitude situé à environ 50 km au sud d'Ambalavao (soit environ 100 km de Fianarantsoa).

Nous étions un groupe de 12, moitié vazaha moitié malgache, à nous lancer dans l'aventure. Et l'aventure fut belle, mais pas de tout repos. Une fois le mini-bus rempli, le pain acheté, le portier déposé et le plein de carburant, nous pouvons (enfin) partir sur la route d'Ambalavao pour un trajet tortueux mais finalement assez paisible d'une heure environ. Transfert pour le 4*4, et là l'aventure commence vraiment ... Nous voilà engagés sur la piste pour une durée de 3h30 nécessaire pour parcourir 47 km et prendre 400 mètres d'altitude 😔. Si si, c'est bien vrai, sans aucune exagération. Cette piste, la seule permettant d'accéder à un parc national renommé et au 2ème sommet de Madagascar, est dans un état désespérant. Nous avons passé une bonne dizaine de petits ponts de bois, dont certains pour lesquels il faut déplacer les planches de bois, d'autres il faut viser très juste pour ne pas tomber dans les trous entre 2 planches (et si, la roue est tombée, mais nous sommes sortis), d'autres avec une marche de 30 cm ...


D'ici quelques années, si rien n'est fait, l'accès deviendra probablement impossible. Et pourtant, fut un temps, cette voix était pavée ...





Bref, nous arrivons tout de même en début d'après-midi dans un site superbe évoquant un cirque, dans le dernier village aux portes du parcs. Nous profitons de ce temps de détente pour visiter ce village. Nous sommes tous interpellés par l'école ... tout comme la piste, dans quelques années elle n'existera plus, tant le toit est plein de trous et les murs moisis. Et pourtant, elle est encore bien vivante, avec de nombreux élèves et quelques enseignants qui la fréquentent ; ils ont du mérite !








Après une nuit de repos bien agréable dans le gîte d'étape, nous partons à l'assaut du massif, pour une très belle (et très longue) randonnée. Il faut d'abord accéder à l'entrée du parc à proprement parler, en 45 minutes environ. Malins, les gens de ce hameau ont installé une buvette pour les pauvres marcheurs épuisés !








Et puis, c'est parti pour les cascades mâle et femelle, la piscine naturelle, le paysage lunaire. Plein de jolis noms qui laissent rêveurs ... les photos parlent d'elle-mêmes. Seule désolation : malgré l'état de parc naturel, une partie de la forêt croisée dans l'itinéraire a brûlé il y a 11 mois ... 😤. Encore un maigre espace de biodiversité disparu ...









Et bien sûr, pour le retour, il faut faire toute la piste+route en sens inverse ...😫

mercredi 4 septembre 2019

Petite histoire d'eau !

Bon alors pour ceux qui ne le savent pas encore l'eau est un problème récurent notamment depuis quelques semaines avec l'avancée dans la saison sèche ...
La pénurie d'eau était quasi quotidienne, très peu d'eau au robinet du lever du soleil (5h30 environ) à 20h environ si bien que nous étions organisés avec divers moyens de stockage d'eau et les enfants sont experts en douche au sceau ...
Le problème était grandissant depuis quelques jours avec de moins en moins d'eau y compris la nuit, ce qui rendait quasi impossible la reconstitution des réserves d'eau (notamment la cuve extérieur de 500 L achetée en décembre par Bruno). Nous n'étions pas les seuls concernés bien sûr le problème se posait également pour les activités du dispensaire ... D'autant plus rageant que juste en-dessous, dans le village des "enfants du soleil", l'eau coule sans problème au robinet ... ?

Hier nous avons donc mis le sujet sur le tapis en réunion avec le Père Directeur. Il nous réexplique que l'eau du dispensaire provient avant tout d'un réseau d'eau local issu d'une source installé du temps du Père Pascal, frère capucin grand acteur du développement du quartier il y a une dizaine d'années, et qui continue à être géré par la communauté des capucins. Mais le frère responsable est absent actuellement ; et le Père Directeur n'est pas plus au courant que cela... si ce n'est que eux non plus, ils n'ont pas d'eau dans leur communauté (à 200m du dispensaire) ... Néanmoins il y a également un raccordement au réseau public de la "JIRAMA" et qu'il est possible de basculer dessus en cas de besoin (l'eau sera par contre payante du coup ...)

Le besoin nous semblant clairement exister, nous creusons un peu la question : nous allons voir le compteur de la JIRAMA, et la vanne permettant l'entrée d'eau de la JIRAMA dans le dispensaire étant ouverte et le dispensaire pourtant toujours sans eau ... nous décidons d'appeler la JIRAMA !
Ils se sont montrés réactifs et sont venus dans l'après midi et ont .... ......

.... ouvert la vanne avant le compteur située dans la rue.... et l'eau a jailli des robinets !

Du coup à ce jour plus de problème d'eau ! Enfin presque ... car maintenant le dispensaire va devoir payer l'eau de la JIRAMA qu'il consomme et avec les mauvaises habitudes de robinets laissés ouverts, de chasses d'eau mal tirées, les voisins qui viennent se servir... la note peut vite devenir salée ! Du coup nous avons décidé de maintenir une "légère pénurie". La réserve d'eau (500L) a été re-remplie et la vanne d'arrivée d'eau est ouverte à minima pour permettre d'avoir un peu d'eau aux robinets mais suffisamment peu pour décourager le gaspillage !

Mais peut-être peut-on rêver à partir de maintenant de pouvoir prendre une douche chaude ou tirer les chasses d'eau  quand on veut... Pourvu que cela dure et que la JIRAMA ne se trouve pas à son tour en pénurie d'eau ...

Semaine de rentrée compliquée

Ici aussi, pour les élèves de l'école française, c'est la rentrée des classes (les écoles malgaches, eux, commencent tout juste leurs grandes vacances). Oui, mais ...
- la reprise n'a eu lieu que mardi 03 septembre, un jour plus tard qu'en France, des fois qu'un enseignant ait raté son avion ...
- pas de garderie les deux premiers jours
- pas de cantine la première semaine (sauf pour les internes tout de même), car l'établissement ne connait pas encore très bien les effectifs ...
- vendredi 06 après-midi sera congé, et oui, le pape arrive, tout le monde doit être disponible pour le regarder à la télé ...
N'est-ce pas formidable ?

mardi 3 septembre 2019

Le printemps est là

Le temps se radoucit, même si les matinées sont fraîches, le soleil donne bien en journée et les températures augmentent significativement. Les arbres fleurissent, les pêchers d'abord, puis désormais les manguiers et litchiers, comme une promesse de délicieux fruits qui se préparent ... par contre, côté fruits, nous sommes justement en période creuse, nous n'avons plus que les ananas et bananes, quelques derniers corossol ou agrumes ; alors que la saison des légumes bat son plein, entre tomates, carottes, chou-fleurs, haricots verts ...

Le temps est passé au sec, les herbes jaunissent. Après disparition de la brume matinale, le ciel est sans nuage. C'est bien agréable, sauf que .... c'est aussi passé au sec dans les robinets ! Nous avons toujours eu un approvisionnement en eau assez irrégulier, notamment un débit fluctuant. Depuis début août, nous avions un filet d'eau en journée, mais un débit normal. En gérant bien les réserves, on s'en sortait pas trop mal, même si les enfants n'avaient jamais un débit suffisant pour permettre une bonne douche. Mais depuis deux jours, la situation devient nettement plus tendue : rien au robinet en journée, et un filet d'eau en pleine nuit ; avec la nécessité de se relever pour tenter de reconstituer quelques menues réserves. Plus d'eau non plus pour l'activité même du dispensaire, les nettoyages, sanitaires, lessives ... Cet état critique ne devrait être que transitoire, même s'il est amené à se reproduire. Mais par contre, il fait d'autant plus râlé que notre zone géographique ne manque pas d'eau, il existe plein de sources ou de rivières ... le problème vient avant tout d'un défaut d'entretien des réseaux d'eau, et d'un manque de civisme des populations qui laissent très facilement les robinets ouverts ...

lundi 2 septembre 2019

Sortie scolaire de fin d'année malgache

L'année scolaire malgache se terminait le 30 aout. Pour occuper nos enfants, eux en vacances, nous avons accompagné une classe malgache en sortie scolaire de fin d'année. Il s'agit d'une petite école de la deuxième chance gérée par la communauté des Petites Soeurs de l'Assomption, et notamment une sœur française expatriée avec qui nous avons créé des liens en partie via la DCC. Nicolas, Amélie et moi-même avons donc suivi la classe toute la journée.

Première étape : visite du CTVD (Centre de Tri et de Valorisation des Déchets). Ca fait très pro !!! Il s'agit en fait d'une filiale du Relais, groupement qui tente de réinsérer des personnes en grande difficulté par le travail. Le CTVD s'occupe de récupérer les ordures de Fianarantsoa, de les trier, dans le but d'une part d'améliorer la salubrité de la ville (mais il reste encore un long chemin avant d'avoir une ville verte !) et d'autre part de créer un compost et le valoriser. Nous nous sommes donc promenés au milieu des monticules de déchets, et avons visualisé leur progression jusqu'au tamisage final pour obtenir le compost.














Deuxième étape : pique-nique dans la forêt. Mais quand on parle de pique-nique à Madagascar, il s'agit en fait d'un vrai repas simplement pris en plain air. Donc il faut déplacer les marmites, les fataper (petit foyer à charbon), les cuisinières ; et on déjeune sur des paillasses dans les assiettes. Au menu, poulet sauce + riz + petits pois carottes ; puis bananes. Ce bon repas partagé a été précédé et suivi de parties de jeu de ballon notamment, entre enfants et enseignants, ce qui n'est pas très fréquent ici, ou de chansons. Très bonne ambiance.



Troisième étape : visite et promenade au CFR (Centre de Formation Rurale). Il s'agit d'une ferme école dépendante de l’évêché, qui propose des sessions de formation thématiques pour tout public, et qui possède une production d’œufs, de lait cru, et une fromagerie. Nous nous sommes donc promenés au milieu des animaux et des plantations pour découvrir (nous avions déjà eu l'occasion de nous y rendre en famille, cf publi précédentes). Pour ces jeunes écoliers citadins, approcher les vaches, caresser les veaux, voir la traite, a suscité beaucoup de joie et de curiosité.
Le journée s'est terminée par un goûter, quelques jeux, et une partie de foot !