Bienvenu sur notre Blog

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mercredi 25 septembre 2019

Quelques réflexions sur le don

Notre mission, de par notre rôle intermédiaire d'AMM, nous a amenés à trois reprises déjà, à trier et distribuer des colis de dons humanitaires. Qu'est-ce que ces colis : un ensemble de cartons organisé par le secrétaire d'AMM (que nous remercions encore une fois pour son dévouement et le temps donné), contenant des besoins identifiés pour le dispensaire, et des choses obtenues auprès de généreux donateurs ou via la Croix Rouge. Il nous faut donc trier ce que contiennent ces colis, et leur trouver une destination.
Lors de cette activité dont je m'occupe principalement, je me suis trouvée confrontée à quelques bizarreries, parfois rigolotes, qui ont entraîné quelques réflexions dont il me semble utile de vous faire part. Je vous en fais la liste :
- un dictionnaire français-latin ... Alors ici, la langue de base reste le malgache, plus de 50% de la population je pense ne parle que quelques mots de français. Le français n'est maîtrisé que par les classes sociales les plus instruites. Alors le latin ... peut-être quelques membres du clergé ? Il est finalement parti à l'Université Catholique de Tana.
- des livres médicaux ou para-médicaux, certes utiles à consulter pour le personnel médical ou pour les étudiants parrainés ... mais que faire des fiches de travail laissées à l'intérieur ? La fiche est un outil de travail personnel, elle ne peut servir à personne d'autre. Par contre, c'est du travail de toutes les retirer de tous les livres.
- dans la même idée, des articles de papeterie comme classeurs, porte-documents, pochettes, qui sont donnés non vidés. Il nous faut d'abord tout trier avant de pouvoir donner ou utiliser.
- les vêtements troués, les jouets cassés, les livres aux pages déchirées ou manquantes ... est-ce que vous-mêmes vous seriez à l'aise de les donner à votre petit voisin ou au clochard du quartier ?
- des pac-recettes. Je ne sais pas comment ça s'appelle réellement, ce sont des boîtes thématiques avec un livret de recette et un accessoire. Alors déjà à quoi bon pour un pays pauvre, où la majorité des gens ont à peine de quoi s'acheter à manger ? Mais surtout, les ingrédients prévus pour les pays européens sont introuvables ici ... 
- des sonotones, une dizaine. Alors déjà, je ne suis pas sûre que même un seul ORL de Madagascar ait déjà fait un test d'audition ... Mais surtout, un sonotone fonctionne avec des piles spécifiques, qu'il faut changer très souvent, voire même tous les jours ... piles qu'on ne trouve pas ici ... et ici il n'y a ni recyclage ni récupération des piles usagées ...
- des glucomètres, une vingtaine. Effectivement, le diabète existe ici. Mais un glucomètre fonctionne avec des bandelettes, consommables spécifiques de chaque appareil ; souvent, on ne trouve déjà plus certains types en France, alors ici ... De plus, soigner le diabète avec de l'insuline nécessitant une prise de glycémie régulière est très rare : cela coûte cher, il faut se fournir en insuline injectable, la maintenir au frais, faire des injections dans des conditions d'hygiène correctes ... C'est réservé aux populations citadines les plus aisées.
- les CD et DVD. Dans un contexte de don humanitaire, donc pour les populations les plus démunies : celles-ci n'ont pas l’électricité à la maison ...
Donner, ce n'est pas mettre à la poubelle. Donner, c'est pour servir à quelqu'un, dans le respect de la personne. Alors la prochaine fois que vous donnez, prenez le temps de vous posez la question : pour qui, pour quoi ? Donner auprès de grandes associations humanitaires nécessite de faire un tri préalable, car ces groupes n'ont pas le temps de le faire lors de la préparation des colis (ils font déjà un boulot vraiment énorme et ingrat).

mardi 17 septembre 2019

Petite synthèse de notre perception du système de santé

Depuis février que nous sommes ici, nous avons déjà partagé sur ce blog quelques-unes de nos confrontations au système de santé Malgache. Cela fait maintenant plus de 6 mois que nous sommes à Fianarantsoa et nous allons essayer de faire une petite synthèse de notre vision sur la santé à Madagascar, ou du moins à Fianarantsoa, car les problématiques ne sont probablement pas exactement les mêmes partout.

D'abord petite présentation des structures de soins à Fianarantsoa :

 - L’hôpital universitaire de Tambohobe. De notre perception c'est un mouroir avec une qualité de soin déplorable. Les bâtiments sont dans un état catastrophique, sauf extérieurement car un coup de peinture a été donné à l'extérieur .... De plus une bonne partie des soignants y "rackette" les patients (soins infirmiers et chirurgie payés de la main à la main en plus des tarifs officiels, revente de médicaments d'origine suspecte ....). De plus en plus de patients refusent d'y aller ...

Le "nouvel hôpital de Manarapinetra" inauguré en 2013 en périphérie de la ville avec une très mauvaise route d'accès si bien que les soignants et les patients rechignent à s'y rendre ! Il est beau, grand et vide ! Vidé y compris d'une partie des équipements présents lors de l'inauguration, ces équipements ayant été déplacés dans d'autres hôpitaux pour leurs inaugurations ....

- Le Centre de soin Diocésain de Santé (CDS), genre de clinique, géré par le diocèse, destiné notamment au personnel diocésain (religieux et nombreux employés des "émanations" du diocèse) mais il accueille également tout autre patient. Il est en état très correct avec des soignants bienveillants et compétents dans l'ensemble. Son bloc chirurgical (bien équipé) était fermé jusqu'à il y a quelques semaines. Il fonctionne à nouveau pour un petit nombre d'interventions pour l'instant, suite au changement de direction de ce début d'année.

De multiples petits dispensaire publiques, catholiques, protestants ... souvent avec des équipements rudimentaires et avec souvent un ou une infirmière ou sage-femme faisant office de médecin. Le dispensaire Padre Pio pour lequel nous travaillons est l'un d'entre eux. Chacun fait ce qu'il peut avec ses moyens ... souvent limités.

Quelques rares médecins consultent en privé, généralement c'est une activité en plus de leur travail dans le public.

Des cliniques privées plus ou moins grosses. Nous en connaissons notamment une, toute petite mais avec un équipement très correct, du personnel compétent et une bonne gestion. Tout cela permettant globalement une bonne qualité de soin pour les patients. Du coup nous collaborons avec elle pour des parrainages chirurgicaux et parfois pour des césariennes en urgence.

Le niveau d'équipement de toutes ces différentes structures est sans commune mesure avec notre référentiel occidental. Petit exemple : un seul scanner (généralement en panne) et pas d'IRM à Fianarantsoa (ville de plus de 200 000 habitants) il faut aller à la capitale à 8 à 10 h de mauvaise route !

Autre élément important : sauf exception, tous les frais sont à la charge du patient (pas de sécurité sociale et les mutuelles sont exceptionnelles). Les coûts sont très faibles dans notre référentiel occidental, mais énormes rapportés aux revenus très faibles de la grande majorité de la population. Pour exemple :
- une consultation médicale coûte entre 5 000 Ar (1€25) (dans un dispensaire comme le notre) à 30 000 Ar (7€40) (pour un spécialiste à l'hôpital),
- un accouchement au dispensaire hospitalisation de 3 jours incluse (mais consommables exclus) coûte 20 000 Ar (5€)
- une échographie gynécologique dans un cabinet privé coûte 16 000 Ar (4€)
Mais le salaire minium pour 40 h par semaine est de 200 000 Ar (50€) et beaucoup de familles,  notamment en brousse, ne gagnent pas 20 000 Ar (5€) par mois !
D'autre part, pour chaque cas, y compris en urgence, c'est un va-et-vient entre le soignant, la caisse et la pharmacie : le patient paye d'avance la consultation, puis il voit le soignant qui fait une prescription (y compris pour le cathéter, l'alcool pour désinfecter ou la compresse ...), le patient va chercher et payer cela à la pharmacie puis retourne voir le soignant qui fait le soin et ainsi de suite pour chaque analyse, ou chaque pansement chaque jour ...

Cette présentation étant faite nous pouvons aborder la façon dont nous percevons la relation des malagaches à la santé.
Au premier abord nous avons été assez surpris de trouver qu'ils étaient plutôt "consommateurs de santé". En effet nous avons vu beaucoup de patients venant consulter pour "pas grand chose" apparemment ; au moins pour certains et notamment pour les enfants, le moindre rhume, la moindre gastro-entérite ... motive une consultation. Et la "qualité" d'une consultation est jugée à la prescription ; amoxicilline et polyvitamine étant quasi incontournables ...
Mais parfois c'est au contraire au dernier moment, après avoir consulté plusieurs fois le tradipraticien, que le patient se tourne vers la médecine "moderne", de même la majorité des accouchements sont encore réalisés au domicile par des "matrones".  D’ailleurs les statistiques nationales révèlent une baisse des consultations (taux de consultations médicales externes de 38% en 2008 contre 33% en 2015)

En cas de maladie les malagaches sont très vite confrontés aux limites de leurs ressources d'abord et ensuite à l'impossibilité d'accéder aux soins adéquats. Cela conduit à une très grande "précarité" de la santé assez révoltante pour nos yeux habitués au système de santé occidental.
Cette précarité de la santé s'ajoute à la précarité du quotidien (taux de chômage important, fragilité vis à vis du climat pour les récoltes ...) et "explique" sûrement en partie l'encrage dans le présent et l'absence d'anticipation. A quoi bon anticiper, prévoir, penser à demain, quand le moindre aléa de santé ou autre peut tout arrêter !

Quelques illustrations :
- une jeune femme accouche de son premier enfant : découverte à la naissance (faute de suivi échographique pré-natal) d'un bébé trisomique avec un bec de lièvre
- une absence de dilatation du col chez une jeune femme de 17 ans pour son premier enfant ; pas d'argent pour payer une césarienne. Sans AMM, l'enfant, et peut-être la mère, seraient décédés
- femme de 55 ans avec un cancer du col de l'utérus. Diagnostiqué trop tard, déjà en présence de métastases abdominales, pronostic très réservé, et de toute façon pas de radiothérapie disponible ici
- une mère doit s'endetter pour payer les soins pour l'otite de son enfant

dimanche 15 septembre 2019

Orphelinat d'Ambalakilonga

Suite à la réception d'un grand nombre de colis envoyé par AMM, nous avons distribué quelques jeux et linge de lit bébé à l'orphelinat d'Ambalakilonga (Fianarantsoa), et en avons profité pour le visiter.
C'est un très grand centre qui accueille 180 enfants, de 0 à 18 ans. Il concerne des enfants effectivement orphelins, mais aussi de parents sans ressource, ou détenus, ou malades. Nous avons été frappé par les superbes installations, très bien pensées et conçues, et très bien entretenues par 15 soeurs de la congrégation des soeurs de Nazareth (italo-malgache). Elles sont secondées dans leur lourde tache par une quarantaine d'employés.
Cour d'accueil

Eglise

Cour

Quelques enfants restés au centre pendant les vacances

Jardin


Dortoir garçon 7-12 ans

Terrain de sport
Cuisine 

Marmite Taille XXL

Salle de jeux des 8 mois - 2 ans


dimanche 8 septembre 2019

Découverte de l'Andringitra

Nous avons saisie l'opportunité d'une sortie organisée par l'ORTF (Office Régional de Tourisme de Fianarantsoa) pour aller randonner dans le parc nationale de l'Andringitra. C'est un massif montagneux d'altitude situé à environ 50 km au sud d'Ambalavao (soit environ 100 km de Fianarantsoa).

Nous étions un groupe de 12, moitié vazaha moitié malgache, à nous lancer dans l'aventure. Et l'aventure fut belle, mais pas de tout repos. Une fois le mini-bus rempli, le pain acheté, le portier déposé et le plein de carburant, nous pouvons (enfin) partir sur la route d'Ambalavao pour un trajet tortueux mais finalement assez paisible d'une heure environ. Transfert pour le 4*4, et là l'aventure commence vraiment ... Nous voilà engagés sur la piste pour une durée de 3h30 nécessaire pour parcourir 47 km et prendre 400 mètres d'altitude 😔. Si si, c'est bien vrai, sans aucune exagération. Cette piste, la seule permettant d'accéder à un parc national renommé et au 2ème sommet de Madagascar, est dans un état désespérant. Nous avons passé une bonne dizaine de petits ponts de bois, dont certains pour lesquels il faut déplacer les planches de bois, d'autres il faut viser très juste pour ne pas tomber dans les trous entre 2 planches (et si, la roue est tombée, mais nous sommes sortis), d'autres avec une marche de 30 cm ...


D'ici quelques années, si rien n'est fait, l'accès deviendra probablement impossible. Et pourtant, fut un temps, cette voix était pavée ...





Bref, nous arrivons tout de même en début d'après-midi dans un site superbe évoquant un cirque, dans le dernier village aux portes du parcs. Nous profitons de ce temps de détente pour visiter ce village. Nous sommes tous interpellés par l'école ... tout comme la piste, dans quelques années elle n'existera plus, tant le toit est plein de trous et les murs moisis. Et pourtant, elle est encore bien vivante, avec de nombreux élèves et quelques enseignants qui la fréquentent ; ils ont du mérite !








Après une nuit de repos bien agréable dans le gîte d'étape, nous partons à l'assaut du massif, pour une très belle (et très longue) randonnée. Il faut d'abord accéder à l'entrée du parc à proprement parler, en 45 minutes environ. Malins, les gens de ce hameau ont installé une buvette pour les pauvres marcheurs épuisés !








Et puis, c'est parti pour les cascades mâle et femelle, la piscine naturelle, le paysage lunaire. Plein de jolis noms qui laissent rêveurs ... les photos parlent d'elle-mêmes. Seule désolation : malgré l'état de parc naturel, une partie de la forêt croisée dans l'itinéraire a brûlé il y a 11 mois ... 😤. Encore un maigre espace de biodiversité disparu ...









Et bien sûr, pour le retour, il faut faire toute la piste+route en sens inverse ...😫